Soirée du vendredi 16 sept.

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> 18h00 rencontre avec le Studio Hans Lucas

auditorium, entrée libreen présence de : Wilfrid Estève (photographe, créateur d’Hans Lucas), Pierre Faure (photographe), Romann Ramshorn (photographe)

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Studio Hans Lucas Hans Lucas est un studio de production dédié à la photographie et aux écritures numériques. Depuis 2006 son activité se décline dans la production photographique, vidéo et multimédia, la formation initiale et continue ainsi que la diffusion des oeuvres de ses membres via une plateforme internationale joyeusement collaborative.
hanslucas.com

> 18h00 ouverture de la Terrasse

La Terrasse est le lieu de convivialité des Nuits Noires : des éditeurs et des libraires vous y attendent. Vous pourrez y faire dédicacer des livres, rencontrer les photographes présents, et passer de bons moments à parler de photographie !

> 20h00 projections

auditorium, entrée libre

# Les héros ont la vie courte / Wilfrid Estève

Les héros ont la vie courte © Wilfrid Estève

Les héros ont la vie courte © Wilfrid Estève

Le 1er juillet 2007, mes enfants quittent Paris pour vivre à 900 km. Fersen vient de fêter ses 6 ans et Eva a 4 ans. Leur mère voyageant fréquemment, nous partageons une relation forte depuis leur naissance.
En 2005, lors de la séparation d’avec mon épouse, les enfants vivent à deux rues de chez moi et sont contraints d’effectuer de nombreux aller et retours. Un projet a pris corps, avec une double lecture qui me renvoyait parfois à mon enfance. Ce projet m’a permis de passer des moments difficiles et a rassemblé plusieurs médias. Au-delà de la photographie, il associe des dessins, des textes, des enregistrements sonores ainsi que la réalisation d’un carnet.
Ce départ a remis en cause les relations avec Eva et Fersen. Malgré les visites épisodiques et les absences, le lien est toujours présent ; mais aujourd’hui il s’agit plus de divertissement.
Éclipsée la figure paternelle, je me contente de petites choses et dors moins bien la nuit. Quant à mes enfants, ils n’ont pas eu le temps de tuer le père, le héros a eu la vie trop courte.

 

# Mes nuits sont plus belles que vos jours  / Wilfrid Estève

Mes nuits sont plus belles que vos jours, Teknivals 2001 ©

Mes nuits sont plus belles
que vos jours, Teknivals 2001 © Wilfrid Estève

Rapporter un témoignage de rassemblements techno est éprouvant.
Le froid, la boue, la puissance de la musique et la nuit qui n’en finit jamais. Rapidement, tous mes repères tombent un à un.
Comment restituer avec justesse cette ambiance ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Je suis perdu.
Beaucoup de questions restent sans réponse. Elles me poussent à retourner dans les frees parties, teknivals et à la rencontre des nomades de la techno.
wilfridesteve.com

 

 

 

 

# Les Gisants / Pierre Faure

Les Gisants © Pierre Faure

Les Gisants © Pierre Faure

Ce travail a été réalisé entre mars et décembre 2013 dans les locaux du Refuge, plus grand centre d’hébergement d’urgence de France (400 lits), situé à Paris. Contexte : Le nombre de sans-domicile a augmenté de 50% depuis 2001, atteignant le chiffre de 141 500 personnes, dont 30 000 enfants début 2012. Insee, 2013.
Cette explosion démographique est le résultat de la crise économique couplée à la flambée des prix de l’immobilier dans les années 2000. Pour les associations de défense des mal-logés et des sans-abri, elle illustre aussi l’inefficacité de la gestion saisonnière du problème sans politique sur le long terme.
Même si l’Etat a fait un effort en ouvrant des places supplémentaires, le dispositif d’accueil d’urgence reste saturé à cause de l’explosion de la demande. Deux tiers des appels au 115 (samu social) restent sans réponse. La logique des plans hiver maintient les sans-abri dans un système de portes tournantes et d’hébergement de courte durée sans perspective d’accès au logement, Dans ce système, toujours en oeuvre dans un grand nombre de territoires, les personnes sont abandonnées dès la remontée des températures.
Le gisant est une sculpture funéraire de l’art chrétien médiéval représentant un personnage couché généralement à plat-dos. (Le mot «gisant» vient de gésir «être allongé») Sa symbolique première est surtout religieuse. La représentation du défunt le place dans une sorte de mode transitoire, ni mort ni vivant, mais irrémédiablement tourné vers le ciel. Le gisant recouvre également une symbolique liée au pouvoir, ces effigies sont réalisées pour des rois, des reines, des membres de familles royales ou de grands serviteurs du royaume. L’objectif de ces statues est, à l’origine, de rappeler le défunt au souvenir des vivants.

 

# Tziganes  / Pierre Faure

Tziganes © Pierre Faure

Tziganes © Pierre Faure

Un camp aux portes de Paris Cette série montre la précarité du quotidien d’une cinquantaine de familles tziganes originaires de la ville de Dorohoï, dans le nord-est de la Roumanie, installées sur un terrain vague d’île de France. Ces personnes sont des migrants économiques : la dégradation des conditions de vie depuis vingt ans et l’absence de perspectives d’avenir les ont poussés à quitter la Roumanie. Ils gagnent plus d’argent en France (récupération de ferraille, musiciens de rue, …) qu’en étant agriculteur là-bas, quitte à vivre dans des conditions matérielles plus difficiles qu’au pays. Ce déplacement est envisagé comme un investissement. Comme pour tous les migrants, la priorité est de mettre de côté pour envoyer au pays avec lequel ils maintiennent des liens étroits et réguliers (Les allers-retours sont fréquents notamment au moment des fêtes). Ce ne sont pas des nomades : en Roumanie ils vivent dans des maisons le plus souvent en milieu rural, mais en France, les expulsions des squats et bidonvilles les poussent à la mobilité. Le fait de vivre tous regroupés sur un même terrain vague, dans un bidonville, n’est pas un idéal de vie mais le produit de la migration. C’est une manière de se mettre en sécurité et de faire jouer la solidarité entre les familles. Les tziganes sont un peuple européen d’origine indienne, leurs ancêtres sont venus d’Inde du Nord, il y a environ 800 ans. Parvenus en Europe par l’Asie Mineure et le Bosphore, ils se sont installés d’abord dans les Balkans, puis dans les Carpates et petit à petit dans tous les pays européens, de la Grèce à la Finlande et de la Russie à l’Europe occidentale (Espagne, Portugal, France, Allemagne et Royaume Uni). On compte environ 12 millions de tziganes en Europe, les deux pays qui en abritent le plus étant la Roumanie et la Bulgarie.
pierre-faure.com

 

# Eldorado / Romann Ramshorn

Du soleil, de la poussière et du vent

Eldorado © Romann Ramshorn

Eldorado © Romann Ramshorn

L’Espagne, pays des grands espaces, est ici principalement rendue par des murs aveugles et des vues enfermées. La domination des lignes, des volumes, des jeux d’ombres, semble prendre le pas sur tout autre type de préoccupation. L’équilibre des compositions rassure.
Pourtant, il s’agit bien d’une expérience, d’un questionnement sans concession du territoire espagnol. Comme dans beaucoup de régions du monde, l’exode rural y a été très rapide, et surtout très massif. Des milliers et des milliers de villages et de petites villes se retrouvent aujourd’hui totalement endormis. Autour, les terres sont toujours aussi vastes, mais elles sont devenues inutiles ou défigurées par le remembrement.
A travers un formalisme apparemment froid et distant, l’impasse du développement urbain sans fin est traitée de manière détournée, loin des banlieues interminables et laides, loin des programmes de construction inhumains et démesurés. Ici, cette impasse est symbolisée par la récurrence de la thématique du mur, figure de l’obstacle, de la fin de parcours. Les petites ouvertures, les perspectives vers le ciel ou l’horizon, la présence plus marquée du paysage au fur et à mesure de la narration, indiquent finalement une sorte d’optimisme mélancolique.
L’esthétique de cet Eldorado est une invitation à venir reconquérir tous ces territoires délaissés, beaux et tragiques comme un amour perdu.

 

# Istanbul Hüzün / Romann Ramshorn

Istanbul Hüzün © Romann Ramshorn

Istanbul Hüzün © Romann Ramshorn

Fascinante, chaotique, sidérante, voici Istanbul, ville-monde magnétique, horsnormes, traversant les siècles tel un mythe soufflant sans cesse sur ses braises, ravivant mystérieusement le miracle de son propre rayonnement.
Oui, voici Istanbul, l’histoire d’une ville déchue, reconstruite frénétiquement sur l’abîme de son passé, et qui révèle, à côté de la circulation infernale, de sa foule impressionnante, un visage intime, rêveur, qui s’évade et qui s’oublie. Parfois les beautés les plus profondes sont celles qui s’empreignent de la plus impénétrable tristesse, et de la plus incroyable épopée. Ainsi l’Hüzün, cette mélancolie tout à fait turque, semble saisir tout un peuple, balancé entre fierté d’être et nostalgie d’avoir été. En particulier à Istanbul, où ce spleen vient se cristalliser jusque dans le plus dérisoire témoin de sa splendeur disparue.
Peut-être alors l’aura de l’ancienne Byzance ou de la vieille Constantinople vient elle se rappeler aux esprits des héritiers d’une ville anciennement capitale d’immenses empires, et dont la légende et la gloire passées animent encore l’âme secrète de ses habitants. Peut-être aussi le Bosphore interroge-t-il toujours et encore, à chaque vision, chaque traversée, sur une cité unique qui a pris la liberté d’hésiter entre plusieurs continents. Peut-être enfin est-ce tout simplement le lot commun de toute mégapole, où l’humain cherche sa place dans la foule, dans des espaces urbanisés démesurés, et où il finit comme partout à n’être plus qu’une ombre, un reflet ou une silhouette perdue dans son univers. « Istanbul Hüzün » propose une vision des humeurs d’une ville rattrapée dans sa course par son aura collective. Surpris dans une attitude, dans une pensée, les Stambouliotes y livrent des figures de méditation, d’interrogation, dévoilant des tableaux où le temps paraît se suspendre à lui-même. Comme pour mieux se rejoindre, et se retrouver.
romannramshorn.book.fr