Mercredi Photographique #21, 24 septembre 2014

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MERCREDI PHOTOGRAPHIQUE SPÉCIAL : ECRITURES PHOTOGRAPHIQUES
Expositions autour du catalogue édité par l’association « Images et Lumières », présentant le travail de photographes fidèles à l’argentique et tirant eux-mêmes leurs photos.

© Images et Lumières / Loïc Le Loët

© Images et Lumières / Loïc Le Loët

 

ALAIN BÉGUERIE : « À CAUSE DES PLANTES », inventaire d’un jardin de ville

Contrairement aux apparences, un jardin, même ceint de murs, est un lieu ouvert. Outre le jardinier, le vent ou les oiseaux y font entrer une multitude de plantes à l’état de graines ou de plants. Le hasard qui résulte de cette combinaison fonde mon goût pour le jardin. Par son caractère aléatoire, il offre à un espace restreint l’opportunité d’être un lieu de découverte et de ce fait de rêverie. Ainsi sont arrivés palmier, micocoulier, arbre de Judée, laurier Apollon, coquelicot…
Cette série, au gré des saisons, est un état des lieux après 10 ans d’apports des divers acteurs précités. http://www.alain-beguerie.com

© Alain Béguerie

© Alain Béguerie

THOMAS DÉJEAMMES : LUMIÈRE-OUBLI-MOUVEMENT

Thomas Déjeammes est écrivain et photographe autodidacte, issu du milieu de la poésie et de la performance. Sa pratique photographique prend forme,en 2006, avec le rencontre de Jean-Luc Chapin qu’il accompagnera en tant qu’assistant, ainsi qu’en côtoyant le N/B LAB (laboratoire de photographie argentique créé par Laure Goutier et Patrick Roy). Il évolue actuellement dans ce qu’il appelle « l’image grouillante » où le flou des images oscillent entre le léger tremblement de la pensée et le grouillement corporel. Ces photographies montrent le vacillement de la représentation photographique et les mouvements imperceptibles qui nous traversent à chaque seconde.
« Lumière-oubli-mouvement » est une série qui a débuté en 2005 et continue d’évoluer au fil du temps. Elle est le résultat de déambulations entre Bordeaux, Paris, Liège, Bruxelles… où résonne le poème de Mihaly Babits, Pays noir (Fekete Orszag, en hongrois) : « […] l’ossature de la terre est noire à l’intérieur, ce n’est pas la lumière qui peint la couleur noire, non, noire est l’âme cachée de la matière […] »

© Thomas Déjeammes

© Thomas Déjeammes

 

FRÉDÉRIC DESMESURE : MADONES

« Et l’œil n’en croit pas sa pupille… Le Poète Aragon a raison, la femme est votre avenir, voyez la foule de vos œuvres, vieilles comme le monde, jeunes  comme le jour, couchées sur leurs pages elles fixent vos masques mortuaires vingt centimètres au dessus d’elles pauvres pauvres de vous !… »
Michel Olh préfaçait ainsi en 2003 un ouvrage éponyme de cette série de photographies avec le regard croisé d’Espagnet qui commentait chaque image avec grande verve et truculence singulière. Patrick est parti dans un autre pays, celui où le corps devient céleste, nous laissant en héritage sa poésie aussi fraîche qu’un demi en pleine cagnasse.
Autoportrait en cyclope de Desmesure par Frédéric
Le cyclope est photographe par essence, instinct : une vision recadrée, une troisième dimension absente qui l’attire vers l’aplat du papier, une force d’attention constante pour compenser un manque panoramique. Il voit en photographie. Et il va se gaver d’images par crainte de manquer, manquer le bon rendez vous illuminatoire. Le cyclope est boulimique, au delà de la fin. Il a trop peur de ne plus voir…et de n’avoir que ses deux oreilles pour pleurer. Hein! Qu’est ce que tu as dit le sourd ? Le cyclope est sage et fragile comme une image.  Il contemple les flux de mouvements continuels s’étirant dans l’espace et le temps. Il regarde les couchers de soleil sans jamais les photographier : la beauté est toujours plus forte à l’intérieur de soi. Mais bon… le cyclope veut bien partager ses trésors avec les aveugles et ceux qui voient tellement loin qu’ils en oublient ce qui les touche… http://fred.avmbox.com

© Fédéric Desmesure

© Fédéric Desmesure

MÉLANIE GRIBINSKI

Mélanie Gribinski est portraitiste.
La fréquentation, depuis l’adolescence, de photographes tels que Reza, Sebastião Salgado, Sarah Moon et Gisèle Freund renforce sa préférence à photographier l’être humain : elle se spécialise dans le portrait à la chambre 18×24, puis 20×25. En 1993, elle réalise sa première série, 50 portraits de psychanalystes. Viennent ensuite d’autres séries, portraits de poètes et de photographes, également accompagnés de leur propre contribution : portrait/réflexion, portrait/poème, portrait/autoportrait. Basé sur un principe d’implication réciproque, le portrait devient le lieu de l’intervention du sujet photographié.
Le travail de portraitiste de Mélanie Gribinski est désormais déterminé par cette question : comment rendre au sujet la parole dont la photographie le prive ?
La série de portraits présentée dans cette exposition est extraite de Livrez-vous! portraits de lecteurs avec le livre qui leur tient à cœur, accompagnés de captations sonores, témoignages de leur choix de lectures (dispositif réalisé et exposé dans la librairie Mollat à Bordeaux en 2009). Cette série marque le début de l’association du son à l’image dans le travail de la photographe. Ont suivit Paroles d’éditeurs, portraits d’éditeurs Aquitains et La double vie des Capus, portraits de commerçants du marché des Capucins qui ont une activité créatrice. http://www.melaniegribinski.com

© Mélanie Grivinski

© Mélanie Gribinski

 

LOÏC LE LOËT : ARCHIPEL DE L’EXIL 

« Je suis allé en Roumanie en novembre 1998. Je suis entré dans des asiles psychiatriques et ce que j’ai pu y observer m’a bouleversé. Je me suis demandé de quelle façon je devais m’y prendre pour montrer ces personnes tout en respectant leur dignité. Je ne pouvais pas, moi, photographe, ne rien enregistrer de ces vies, de ces situations. Le principal, était d’éviter le misérabilisme tout en essayant de ne pas trahir les personnes photographiées. J’ai choisi de montrer leurs visages, en plan serré, avec une profondeur de champ minimale afin de rester dans le face à face. Lors de mon choix final, je me suis imposé de respecter la pose des personnes photographiées, c’est pour cette raison que j’ai associé des photographies entre elles. Il y a des photographies que je ne souhaite pas montrer, celles que j’ai écartées l’ont été car elles sont soit loupées soit trop dures à soutenir le regard. » http://www.loicleloetphotographe.fr

© Loïc Le Loët

© Loïc Le Loët

 

FREDERIC LALLEMAND

« Je photographie essentiellement avec du matériel argentique et en noir et blanc. Ce procédé me permet d’être au plus près de la photographie qu’il m’intéresse de raconter.
La photographie est un enchainement de choix ; des questionnements s’imposent venant nourrir l’étape suivante allant de la prise de vue, du développement des films, au travail sur planche contact et au tirage.
Le tirage commence à la prise de vue, lors de celle-ci j’entrevois les difficultés que je vais rencontrer au laboratoire, et donc développer ses images influence ses prises de vues.
Le tirage est la consécration du déclenchement. C’est un moment excitant car il est est l’aboutissement de la prise de vue faite quelques jours plus tôt, voire quelques semaines. C’est le résultat d’un moment ressenti et pas toujours entièrement maitrisé.
Cette série de photographies est extraite d’une commande que je viens de terminer sur le thème de la biodynamie dans le vin. Elles ont été réalisées au Château Fonroque Saint Emilion Grand Cru. »

© Frédéric Lallemand

© Frédéric Lallemand

 

JEAN-LUC CHAPIN : PRINTED BY HAND

« La force du geste » fut le premier titre.
 » Tirage original » ou l’ambigu anglicisme « vintage » suivaient de près, mais ce « printed by hand » a le mérite de nous emmener au coeur du sujet. Ces quelques trois mots inscrits près d’une photographie sous des latitudes anglo-saxonnes provoquent une émotion particulière, celle du lien direct avec le tireur agissant et donc le photographe dans le cas qui nous retient ici. Lire ces mots, si près de l’image, fait immédiatement résonner ce moment particulier du tirage où, dans la pénombre du laboratoire, persistent les échos de la prise de vue qui suggèrent des décisions concrètes dans l’impatience de la « révélation ». L’image mentale devient objet.
Cela passe par l’utilisation de rares ustensiles et la connaissance de quelques gestes, alphabet du tireur qui, une fois assimilé, l’autorisera à écrire ses propres phrases dans l’infinité des nuances possibles. Ce qui fait que contrairement aux idées reçues, le tirage, et la photographie plus généralement, est une des pratiques les moins mécaniques qui soient. Le plus grand danger serait, à mon sens, une forme de virtuosité vide, le grand écart entre un beau tirage et un bon tirage.
L’affaire est compliquée, nous avons tous fait l’expérience d’une émotion forte devant un bout d’essai ou un »raté », merveilleuse dissonance. Jusqu’où ne pas aller trop loin? Question récurrente.
Patrick Roy, un taiseux, m’a confié qu’il a commencé à se sentir tireur quant il a désobéi aux drastiques recommandations de son maître de stage, faisant le bonheur par la suite de photographes comme Robert Lebeck et autres célébrités. Confidence révélatrice, le tirage est affaire de caractère, de décisions et d’idées avec l’immense bonheur, en cas de réussite, de voir ces dernières  prendre forme physiquement dans la pénombre inactinique du laboratoire. http://www.jeanluc-chapin.fr

© Jean-Luc Chapin

© Jean-Luc Chapin

 

STÉPHANE KLEIN

« Stéphane Klein a découvert la photo à l’âge où d’autres jouent aux billes. Lui, il capturait déjà des images. De vendanges, entre autre. Et il ne s’est jamais arrêté. Le chasseur s’est aguerri. Le photographe a mûri. L’artiste est né peu à peu. Et le sociologue, ou l’ethnologue, pourrait bien émerger bientôt de plusieurs décennies de patientes rencontres de ses contemporains aux quatre coins du monde. Et des images émouvantes qu’il en a rapporté.
Devenu professionnel en 1988, Stéphane Klein a mené de front deux carrières. Celle d’un reporter-photographe, au sein du journal Sud-Ouest, auquel il collabore depuis 1988. Celle, plus personnelle, d’un photographe-reporter en quête d’Humanité.
 » Sylvain Viaut, Journaliste à Sud-Ouest. http://www.photostephaneklein.com

© Stéphane Klein